mardi 18 juin 2013

TOGAF : une philosophie pour l'architecte



Une méthode de plus ?
Une usine à gaz pour fabriquer des tours d'ivoire pour les architectes ?

Après une semaine de formation à TOGAF 9 et une certification niveau 2 réussie, je dois dire que cela reste une des expériences les plus importantes de ma carrière.

Je vais tenter d'expliquer pourquoi.

TOGAF kesako ?


TOGAF a été créé dans les années 90 par des professionnels de terrain, de vrais gens qui travaillent dans les départements informatiques de grosses entreprises ou qui conseillent ces dernières.

Ces gens se sont mis à échanger sur leurs pratiques de l'architecture d'entreprise et ont tenté d'élaborer un socle commun de pratique pour produire de l'architecture.

Ces échanges se sont faits sur les forums de l'OpenGroup et ont abouti à la naissance de TOGAF, qui veut dire : The Open Group Architecture Framework.  

TOGAF est donc un cadre d'architecture pour la transformation des systèmes d'information : l'idée est donc d'installer une nouvelle gouvernance par l'architecture.

Le premier point important est de comprendre que TOGAF est fait par des gens de terrain et non par des gens "hors sols" qui n'ont jamais travaillé dans ou pour une entreprise. 

TOGAF est tout sauf un modèle théorique, il est construit sur la base de pratiques qui lui pré-existent et qui fonctionnent sur le terrain, raison pour laquelle elles se trouvent dans le cadre.

Nous allons voir quelques concepts TOGAF de base pour vous donner envie d'aborder cette méthode.


Architecture, de quoi parle-t-on ?


TOGAF définit l'architecture comme une activité de management qui vise à transformer l'entreprise de manière rationnelle. Pour cela il faut faire des plans du présent et du futur. 

L'analyse de l'écart permet de connaître et donc maîtriser les travaux futurs.

Comme dans le bâtiment, de nombreux corps de métier sont impliqués pour représenter tous les aspects  de la transformation.

Une fois que les plans sont faits et validés par les donneurs d'ordre alors les travaux réels commencent.


TOGAF une méthode de plus ?


TOGAF contrairement à d'autres méthodes est pragmatique. 

A ce titre, ce cadre implique que les praticiens soient suffisamment matures pour l'adapter à leur entreprise.

Parmi les premières étapes de la mise en oeuvre d'une démarche TOGAF, il existe une étape particulièrement importante : la mise en place du cadre de capacité d'architecture d'entreprise.

Cette étape m'a ouvert les yeux sur un certain nombre de points cruciaux pour notre métier d'architecte.

D'abord, la construction de cette capacité permet d'interroger profondément sa pratique de l'architecture.

En effet, le cadre de capacité d'architecture vise à définir les moyens et les buts de l'architecture pour chaque entreprise en fonction de ses moyens.

Premier élément, chaque entreprise est différente de par sa culture, ses moyens et ses transformations. Il y a donc autant de pratique d'architecture valable que d'entreprise.

Selon TOGAF,  il faut créer son TOGAF, donc sa propre méthode.

Nous architecte, avons trop tendance à demander ou à présenter des travaux d'architecture selon notre goût , la mode du moment ou les canons esthétiques posés par une référence culturelle reconnue (tel gourou mondial) ou moins reconnue (j'ai toujours fait comme ça, dans la boîte de service on nous dit de faire comme ça, ...).

Oui très bien, mais quel est la valeur de ce travail pour l'entreprise ? 

TOGAF donne une sérieuse leçon de pragmatisme et d'humilité : un travail d'architecture produit ou commandé dont ne peut estimer ou prouver la valeur pour l'entreprise n'a aucune valeur.

Il est même dangereux parce qu'à terme l'accumulation de ce genre de travaux a tendance à se transformer en un bâtiment de forme ronde, de haute taille et  de couleur ivoire, avec des gens en colère qui tourne autour prêt à en découdre.

Je vous laisse devenir qui est dans la tour.

Premier enseignement, un travail d'architecture est correct non pas quand l'architecte est content mais quand il est conforme au cadre de capacité d'architecture lui même conforme aux aspirations et contraintes de l'entreprise.

L'architecture n'est donc pas au service de l'architecte mais de l'Entreprise. 

C'est évident me dirait vous ! Pas tant que cela, réfléchissez-y toutes les solutions que vous mettez en oeuvre ont-elles une valeur pour l'Entreprise ? Etes-vous en mesure de démontrer clairement cette valeur ?

Les plus attentifs d'entre vous auront remarqué que j'ai utilisé un E majuscule pour entreprise.

Ce n'est pas pour faire l'intéressant, vous allez voir.


Alors l'Entreprise c'est quoi ?


Chaque interlocuteur qui lira les paragraphes précédents se dira que le mot Entreprise est une autre façon de désigner ses préoccupations. Pas tout à fait ...

TOGAF définit l'Entreprise comme l'ensemble des acteurs concernés par une transformation.

Par acteur concerné, TOGAF entend tous les acteurs concernés qu'il soit hors de l'entreprise au sens juridique (les sous traitants par exemple, le grand public, ...) ou dans l'entreprise (les salariés de l'entreprise).

Si l'on considère par exemple un transformation d'un système d'information, il faut considérer aussi bien les acteurs fonctionnels que techniques, les fournisseurs qui vont participer à la transformation, ....

Il est également important de considérer le concept de transformation comme un changement dans l'architecture de l'Entreprise : un changement peut être une augmentation des capacités de l'Entreprise  (achat d'un concurrent, migration vers une technologie plus performante, ...) ou la suppression d'une capacité (arrêt d'un produit, vente d'une partie de l'Entreprise, ...).

L'intérêt donc de l'Entreprise est donc l'ensemble des intérêts des acteurs concernés.

De facto, TOGAF est une méthode qui prend en compte dès le départ dans ses fondements même, que l'architecture est l'art de construire un compromis. L'intérêt des fournisseurs n'est pas le même que celui du client qui lui même se compose de groupes aux préoccupations diverses.

Vous aurez probablement remarqué que cet art du compromis n'est pas forcément répandu dans nos entreprises, les situations conflictuelles entre les fonctionnels, les achats et les techniques sont légions et parfois apparaissent bien tard.

TOGAF insiste aussi sur le fait qu'une transformation n'est pas toujours positive, il faut prendre en compte aussi bien les acteurs qui ont a perdre que ceux qui ont a gagné à la transformation. En effet, il ne faut pas oublier qu'un acteur touché négativement peut très bien avoir une influence importante ce qui peut être une cause d'échec ou de perturbations sévères.

Points de vue


TOGAF notamment dans l'étape de mise en place du cadre de capacité indique qu'il faut déterminer pour chaque acteur concerné, le juste point de vue.

En effet, le point de vue des achats n'est pas celui de la production qui n'est pas celui du métier.

Il est inutile et dangereux de tenter de communiquer avec les acteurs concernés sans structurer les informations avec le point de vue adapté. C'est une source de frustation et d'incompréhension pour les acteurs.

Vous n'obtiendrez pas un compromis satisfaisant en utilisant les même représentations pour tous les acteurs concernés.

L'idée est qu'une architecture de SI est comme une architecture réelle : l'architecture d'un bâtiment est composée de multiples point de vue légitimes (plomberie, électricité, équipements de sécurité, ...),  chaque corps de métier possède son langage et ses représentations.

L'architecte a la vision globale et doit résoudre les conflits et les incohérences entre les différents points de vue.

Le cadre de capacité


Ce cadre est fondamental, c'est lui qui permet de construire votre capacité d'architecture qui se traduira par une nouvelle gouvernance : commissions, dossier d'architecture, revues diverses, ...

Tout vient du cadre de capacité.

Ce cadre est une méthode dans la méthode, il vous guide dans la mise en place de tous les outils nécessaire pour produire de l'architecture.

Il fournit des profils types, des grilles de compétences, des modèles d'organisation, ....

Comme TOGAF est basé sur des retours d'expérience, il propose des outils qui fonctionnent et surtout conduit l'équipe qui va utiliser le cadre de capacité à se poser des questions fondamentales pour construire la capacité de l'Entreprise :

L'Entreprise a-t-elle moyen de supporter cette gouvernance ?
Combien ça coûte ?
Quels sont les ressources humaines nécessaires ?
Quelles sont les acteurs concernés ?
Quels sont les points de vue utiles à ces acteurs ?
Quelles sont les personnes physiques impliquées avec quels rôles ?
Etc ...

Il est illusoire de créer soit même une capacité d'architecture sans tenir compte de ces bonnes pratiques car il s'agit d'une démarche complexe.

Une capacité d'architecture qui fonctionne implique que de nombreux acteurs de l'Entreprise y compris des acteurs non techniques y participent.

Tous ces acteurs sont par ailleurs impliqués dans leur métier au quotidien et "ont d'autres chats à fouetter". La mise en place d'une telle gouvernance leur apportera de nouvelles contraintes et une charge de travail accrue.

Pour éviter de décrédibiliser totalement cette démarche il est important d'éviter tout amateurisme et empirisme car l'architecture est l'affaire de tous et non de quelques architectes.

Si les conditions optimales ne sont pas réunies vaut mieux revoir ses ambitions à la baisse que de monter une gouvernance qui ne sera pas opérationnelle pour tout un tas de raison, quitte à monter en puissance au fil du temps.

Conclusion

A travers quelques exemples de concept TOGAF, j'espère vous avoir donné envie de vous plonger dans cette méthode.

Pour ma part, une des intérêts de TOGAF réside dans l'approche globale de l'architecture des SIs, elle offre des outils conceptuels très puissants pour appréhender la complexité des travaux de transformation des SIs.

Enfin, même si vous ne dites pas que vous appliquez TOGAF, l'utilisation de quelques uns des principes pourrait améliorer fortement votre pratique.

Alors n'hésitez plus !


  





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2 commentaires:

  1. Article intéressant, merci! Quel organisme de certification TOGAF pourriez vous nous conseiller?

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  2. Arismore, c'est l'entreprise avec qui j'ai passé ma certification et qui est je crois la seule en France à pouvoir faire passer le niveau 2.
    Voir :
    http://www.arismore.fr/centre-de-formation/catalogue-de-formation/

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